Veiller les morts


Il y a quelques décennies encore en France, les défunts étaient veillés toute la nuit précédant la mise en bière.
Parents, amis et voisins se retrouvaient au domicile du défunt pour se recueillir, prier, rendre hommage et soutenir les proches.
La veillée funéraire est de plus en plus rare en France, avec le recul des religions, l'éclatement géographique des familles et l'évolution des modes de vie, mais elle reste très présente dans beaucoup de sociétés traditionnelles et prend des formes variées: prières, chants, danses, contes, partage de repas auprès du défunt, dans une ambiance de recueillement ou une ambiance de fête...

Dans les sociétés traditionnelles, les rites funéraires sont pratiqués dans un contexte où la persistance d'une forme de vie après la mort est un fait établi. Une fonction importante de la veillée va donc être d'accompagner l'âme du défunt dans ce passage que représente la mort et de l'aider à cheminer dans l'au-delà.
Les lectures et les chants sont choisis pour guider l'âme du défunt et lui offrir une influence bénéfique par rapport aux métamorphoses qu'il traverse.
L'autre fonction importante de la veillée est, pour les vivants, de resserrer les liens de la communauté, soutenir les proches du défunt, partager un temps de « vivre ensemble » qui de par sa dimension collective, favorise l'inscription de la mort dans la réalité et permet à chacun de démarrer son travail de deuil.

L'arrière plan culturel est différent dans notre société moderne, néanmoins la veillée funéraire reste pertinente comme rituel collectif et présente l'intérêt de pouvoir prendre des formes variées.

Il n'est pas nécessaire que tous les participants aient les mêmes croyances et la même façon de concevoir les cycles de la vie et de la mort.
L'important est que chacun soit le plus authentique possible, présent, et ouvert.
Chacun peut participer à sa façon ; certains pourront chanter, d'autres dire des poèmes, textes, slams, jouer d'un instrument, d'autres écouter en silence, se recueillir, prier, méditer, chacun dans sa confession ou dans sa forme de spiritualité laïque.
Le chant et la musique sont particulièrement propices à ce type de circonstances mais toutes les formes d'expression sont possibles, tant que l'atmosphère dominante reste le recueillement. Les enfants pourront apprécier de participer à la veillée en réalisant des dessins.

Ce temps de partage dans l'espace du cœur est une belle façon de rendre hommage à la personne qui s'en va et laisse chez les participants une empreinte chaleureuse.
La veillée funéraire ne se substitue pas à la cérémonie d'au-revoir religieuse ou
laïque et n'a pas la même fonction ; c'est un temps plus long, plus informel, plus intime, une étape d'intégration dans le processus de séparation.
Même si le domicile reste un lieu privilégié pour organiser une veillée, la chambre funéraire ne devrait pas décourager les familles de proposer quelque chose. L'espace est moins intime, plus restreint mais il peut être investi par les participants.
Les demandes des familles pour veiller les défunts dans de bonnes conditions peuvent aussi encourager les opérateurs funéraires à aménager des lieux plus conviviaux et chaleureux.